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mardi 24 juin 2008

L'eau en bouteille, une aberration écologique de plus en plus décriée

David Wilk est un héros. Ce libraire n'en pouvait plus de voir, trois fois par semaine, le terrain de football où jouaient ses enfants se transformer en un cimetière de bouteilles en plastique. Un jour, il est venu avec un gros réservoir empli d'eau du robinet. Et, depuis, les jeunes joueurs y remplissent à chaque match les bouteilles réutilisables qu'ils amènent avec eux. Wilk a rejoint une famille de plus en plus large : celle des Américains qui ont déclaré la guerre à l'eau en bouteille.

L'homme fait un rapide calcul : son geste a permis de "sauver" peut-être 1 800 bouteilles par année. C'est un gain net : dans sa petite ville du Connecticut, le PET (polyéthylène téréphtalate) ne se recycle pas. "Je pars du principe qu'un petit changement de comportement peut avoir de grandes conséquences, explique-t-il au téléphone. Boire ou ne pas boire une bouteille d'eau, c'est une décision vraiment simple. D'autant que l'alternative l'est aussi : ouvrir le robinet!"

Aux Etats-Unis, l'eau en bouteille coule (encore) à flots. Cette boisson a dépassé depuis longtemps la bière et le lait en termes de ventes. Elle est placée maintenant derrière les sodas, qu'elle devrait doubler au tournant de 2011. La progression a été faramineuse : en 1980, chaque Américain buvait 19 litres d'eau en bouteille par année. A présent, il en est à 114. Pour la seule année dernière, la production a été de 34 milliards de litres, engendrant presque 12 milliards de dollars de revenus.

Malgré ces chiffres, l'avenir de l'eau en bouteille semble troublé. Les critiques fusent désormais contre cette boisson qui, il y a quelques années encore, était considérée comme source de bien-être et synonyme de vie saine et active. Sous l'impulsion de San Francisco, plusieurs villes américaines ont banni l'achat d'eau en bouteille pour leurs employés. Des associations d'étudiants cherchent un peu partout à faire de même au sein des universités. Des Eglises, ainsi que la Coalition nationale des nonnes américaines, ont appelé leurs membres à éviter l'eau en bouteille "autant que possible" au motif que l'eau doit être un bien accessible à tous. A travers le pays, des dizaines d'organisations prônent son boycott. Et certains restaurants ont commencé de refuser de servir à leurs clients une autre eau que celle du robinet.

PRODUCTEURS SUR LA DÉFENSIVE

"Ici, le calcul a été simple, note une porte-parole de la mairie de San Francisco : 500 000 dollars économisés par année." Une dépense qui était particulièrement mal venue alors que l'eau municipale de la ville est l'une des plus réputées du pays. Selon le bureau du maire, "plus d'un milliard de bouteilles en plastique finissent dans les décharges de Californie chaque année, mettant 1000 ans à se décomposer et dégageant des additifs toxiques dans les nappes phréatiques. Tous ces déchets et cette pollution sont générés par un produit dont la qualité, selon des critères objectifs, est souvent inférieure à celle de l'eau municipale."A l'échelle des Etats-Unis, quelque 25,5 milliards de bouteilles d'eau sont vendues chaque année, et à peine 16% d'entre elles sont recyclées. Selon les chiffres d'organismes indépendants, il faut en moyenne trois litres d'eau pour produire un litre d'eau minérale. Et surtout, chaque année, 17 millions de barils de pétrole sont employés à sa fabrication, sans même tenir compte de son transport. Au final, tout cela se traduit par une équation simple : l'énergie nécessaire à produire, transporter, réfrigérer et se débarrasser d'une bouteille en plastique revient à la remplir au quart de pétrole.

Les producteurs d'eau en bouteille, dont les trois plus importants sont Nestlé, Coca-Cola et Pepsi, sont sur la défensive. Paré jusqu'ici de toutes les vertus, leur produit pourrait bientôt rejoindre, à l'instar des sacs en plastique, les emblèmes honnis par une population de plus en plus consciente des enjeux écologiques. L'organisation qui défend leurs intérêts, l'International Bottled Water Association, vient de lancer une "campagne nationale d'éducation sur l'eau minérale" afin d'"éduquer" clients, hommes politiques et autres journalistes.

Devant ses pairs à New York, le PDG des eaux minérales de Nestlé en Amérique du Nord, Kim Jeffery, s'en prenait récemment à ces accusateurs. L'eau minérale, disait-il, est saine ("nos produits sont testés 6000 fois par jour"), elle répond aux besoins d'une population dont 32% des membres sont considérés comme obèses et, surtout, l'industrie de l'eau fait des progrès constants en matière de respect de l'environnement : "Nous avons réduit le poids de nos emballages de 40% ces dix dernières années", souligne-t-il.

Il n'empêche : le débat s'est déplacé désormais sur le terrain moral. Venus tard sur ce marché, Coca et Pepsi, notamment, puisent allégrement dans les réserves d'eau municipale, et en remplissent leurs bouteilles après avoir simplement filtré l'eau et lui avoir ajouté quelques substances (dont du sel). Cette manière de faire a fini par indigner ceux qui jugent la situation tout bonnement absurde dans un pays où 97% de l'eau du robinet est considérée comme de bonne qualité. Alors que 36 Etats américains vont souffrir d'un manque d'eau d'ici à 2013, et que les installations publiques menacent parfois de tomber en ruine par manque de fonds, les consommateurs n'auront peut-être bientôt d'autre choix que de se tourner vers les petites bouteilles. A un prix qui est entre 240 et 10000 fois supérieur à celui de l'eau du robinet.

www.letemps.ch

lundi 23 juin 2008

Plus rapide, Firefox reste le meilleur navigateur

CHOIX. Disponible gratuitement depuis la semaine passée, la version 3 permet de naviguer beaucoup plus rapidement sur le Web. Elle offre un confort nettement supérieur à Internet Explorer.

Plus de huit millions de téléchargements durant les premières 24 heures de mise en ligne: mercredi dernier, la version 3 de Firefox a pulvérisé le chiffre atteint par la version 2, soit 1,6 million. Même si le score de 8 millions doit être affiné, le résultat est remarquable. Il démontre que de plus en plus d'internautes portent de l'attention à leur navigateur. Et cela paie: la version 3 de Firefox est encore plus rapide et facile à utiliser que la version 7 de son grand concurrent, Internet Explorer de Microsoft.

Disponible en français, Firefox 3 comporte plus de 15000 améliorations par rapport à la version précédente. S'il ne fallait en retenir que les principales? «Le navigateur est plus rapide, c'est un atout pour charger des sites utilisant des applications complexes, explique Tristan Nitot, président de l'association Mozilla Europe. Prenez Gmail, la messagerie de Google: la navigation est 6 à 9 fois plus rapide qu'avec Internet Explorer, et 2 à 4 fois plus rapide qu'avec Firefox 2. La version 3 permet de passer d'un message à l'autre en moins de 60 millisecondes: ce délai devient imperceptible pour l'œil.

Tristan Nitot a raison: même pour des sites simples, la différence avec la version 2 est frappante. Firefox 3 gère aussi nettement mieux la mémoire, et afficher une dizaine d'onglets en simultané ne pose pas de problème.

L'autre innovation majeure, c'est la «barre géniale», comme l'ont nommée les responsables de Mozilla. Plus besoin de rechercher un signet ou de consulter l'historique: il suffit de taper le début d'un mot clé pour que le lien s'affiche dans la barre d'adresse. De quoi gagner encore du temps. Tristan Nitot affirme aussi que la barre doit devenir de plus en plus intelligente pour mieux comprendre encore ce que recherchent les internautes.

La troisième innovation majeure, c'est l'introduction d'un «anti malware». «Cela permet de détecter immédiatement lorsque vous essayez d'accéder à un site susceptible d'injecter dans votre machine un virus ou un cheval de Troie», précise Tristan Nitot. Chaque site est comparé à une vaste base de données répertoriant ceux qui sont potentiellement dangereux. «De plus, nous effectuons des mises à jour de sécurité de Firefox toutes les 6 à 8 semaines, soit nettement plus souvent que ce que ne fait Microsoft pour son Internet Explorer», poursuit Tristan Nitot.

Firefox est en plein boom: il compte environ 180 millions d'utilisateurs sur Terre, pour une part de marché d'environ 20%. Tristan Nitot relève que les Suisses sont friands de Firefox, sa part de marché étant ici de 26,4%.

Firefox est un logiciel libre: chacun peut donc avoir accès à son code source et le modifier. Tout le contraire d'Internet Explorer, dont le code est uniquement détenu par Microsoft. Au total, des dizaines de milliers d'internautes ont fait part de leurs suggestions d'améliorations pour Firefox 3, et un millier a envoyé des morceaux de codes modifiés. Ce sont ensuite des spécialistes de Mozilla, chacun responsable d'un module, qui vont créer les nouvelles versions de Firefox mises en ligne.

Mozilla n'est pas une entreprise comme une autre. A la base, c'est une fondation sans but lucratif, basée à Mountain View, en Californie, juste à côté du siège mondial de Google. Elle possède une société, Mozilla Corporation, qui s'occupe de superviser le développement de Firefox et de la messagerie Thunderbird, par exemple. En Europe, l'Association Mozilla Europe n'a pas de but lucratif. De quoi vit Mozilla? Essentiellement des partenariats réalisés avec d'autres sociétés, comme Google, dont le moteur de recherche est, parmi d'autres, intégré dans Firefox.

Quant aux prochaines versions de Firefox, elles devraient être mieux capables d'afficher des éléments en trois dimensions.

Plus d'informations: http://www.mozilla-europe.org

www.letemps.ch

jeudi 12 juin 2008

L'aspect dissuasif de la sanction a été oublié dans le nouveau Code pénal

Lors du congrès annuel de la Société suisse de droit pénal, le chef du Service pénitentiaire neuchâtelois, Benjamin Brägger, a montré comment certains condamnés essayaient de profiter de la complexité de la récente révision.


Les petits délinquants échappent désormais à la prison, en règle générale du moins. La révision du Code pénal entrée en vigueur au début de 2007 a supprimé presque entièrement les peines privatives de liberté de moins de six mois pour les remplacer par des sanctions pécuniaires, les «jours-amendes». Une réforme aujourd'hui très critiquée, notamment par des magistrats qui la jugent déconnectée du quotidien des tribunaux. La Société suisse de droit pénal a consacré sa réunion annuelle à ce thème controversé jeudi et vendredi derniers à Berne. L'un des intervenants, Benjamin Brägger, chef du Service pénitentiaire du canton de Neuchâtel, explique pourquoi cette réforme, idéale sur le plan théorique, reste à ses yeux insatisfaisante à maints égards dans la pratique.

Le Temps: Partagez-vous les critiques qui pleuvent aujourd'hui sur le nouveau droit?

Benjamin Brägger: A titre personnel, et non en tant que chef du Service pénitentiaire, j'ai effectivement de la compréhension pour les critiques qui sont adressées aux nouvelles sanctions. C'est un système intéressant sur le plan théorique et scientifique, mais qui, dans la pratique, adresse des messages très ambigus.

- Par exemple?

- L'aspect dissuasif de la sanction a été oublié, et certains essaient d'en profiter. C'est vrai que les courtes peines de prison ferme étaient souvent inutiles, mais il existait toutes sortes d'aménagements, la semi-détention, par exemple, qui permettait au condamné de continuer à travailler. Aujourd'hui, il n'est pas satisfaisant de voir qu'un auteur de violences conjugales vivant de l'aide sociale peut s'en tirer avec 30 jours-amendes à 5 francs. Les associations de victimes finissent par conseiller de ne plus déposer plainte, parce qu'elles jugent qu'à ce tarif-là cela n'a plus de sens. Alors que tout le monde a affaire une fois ou l'autre dans sa vie au droit pénal, ne serait-ce que pour avoir grillé un feu rouge, on a réussi à faire un code que personne ne comprend vraiment.

- En quoi certains essaient-ils de profiter, comme vous le dites?

- Il faut se rappeler que ceux qui ont été condamnés à des jours-amendes ne risquent d'aller en prison que s'ils ne paient pas. Or que se passe-t-il en pratique? Quatre-vingt-cinq pour cent en tout cas des condamnés qui ne s'acquittent pas de leur dû finissent quand même par verser la somme quand ils reçoivent une convocation pour aller en prison. Tout à coup, l'argent est là: ce sont peut-être des amis, des parents qui l'ont avancé. Avant d'en arriver là, il se sera écoulé, selon les premières expériences, entre un an et demi et deux ans de démarches administratives et judiciaires longues, lourdes et coûteuses pour la collectivité. Avec le risque que le condamné finisse par passer entre les gouttes grâce à la prescription, ou parce que l'administration peut avoir de grosses déficiences dans le suivi des dossiers d'amendes - c'est arrivé dans certains cantons que je ne citerai pas. Et quand l'ordre d'incarcération est lancé, il suffit que le condamné paie le montant des jours-amendes, parfois quelques dizaines de francs seulement, pour échapper à la prison. Il peut le faire en tout temps, même après un jour de détention. Et il n'a pas à verser les centaines de francs de frais pour que son ordre d'incarcération soit levé. C'est en cela qu'on peut dire que certains essaient de profiter du système.

- Pourquoi la procédure que vous décrivez est-elle aussi longue?

- Il faut d'abord que le jugement qui condamne un accusé à des jours-amendes ne puisse plus faire l'objet d'un recours. Ensuite, celui qui ne paie pas reçoit un ou deux rappels. Puis il fait l'objet d'une poursuite pour dette comme n'importe quel débiteur, qui débouche, si on ne peut rien lui saisir parce qu'il est au minimum vital, sur un acte de défaut de biens. C'est à ce moment seulement qu'il reçoit une convocation pour être incarcéré. Un jugement tout récent du Tribunal fédéral vient, il est vrai, de préciser que les jours-amendes peuvent entamer le minimum vital défini par la loi sur la poursuite pour dettes. Cette décision pourrait changer quelque peu la pratique.

- Quels types de condamnés sont malgré tout incarcérés pour des peines inférieures à six mois? - C'est un peu tôt pour le dire, car les cas de ceux qui ont été condamnés à une peine pécuniaire et qui risquent d'aller en prison parce qu'ils n'ont pas payé commencent seulement à se présenter maintenant.

- Quel est l'effet du nouveau droit sur le travail d'intérêt général (TIG)?

- Le TIG est devenu une peine principale. C'est donc le juge qui le prononce, et non plus l'administration pénitentiaire qui l'ordonne en décidant du mode d'exécution de la peine. En pratique, les choses sont pourtant devenues plus compliquées qu'avant. Il arrive que les juges condamnent à un TIG des gens dont nous, dans l'administration pénitentiaire, savons qu'ils ne coopéreront pas, parce que nous les connaissions auparavant. Dans ce cas, nous sommes obligés de renvoyer le dossier au juge, nous ne pouvons pas régler le problème nous-mêmes. Là aussi, le système est plus lourd, plus compliqué, donc plus coûteux.

- Le nouveau droit a-t-il eu malgré tout des effets positifs?

- L'une des grandes nouveautés dans le domaine de l'exécution des peines, et ses effets sont très positifs, c'est l'idée d'un plan d'exécution de la sanction pour chaque détenu. La nécessité d'établir une évaluation individuelle permet d'appliquer la peine au plus près de l'objectif de resocialisation du détenu. La combinaison de ce plan avec des aménagements de la sanction est déterminante. Mais cela prend beaucoup de temps, et il est nécessaire d'engager du personnel spécialisé. Les Etablissements pénitentiaires de la Plaine de l'Orbe (VD) travaillent ainsi avec des psycho-criminologues.

www.letemps.ch