Rayonnante et apparemment en bonne santé, Ingrid Betancourt a fait le récit, mercredi 2 juillet, de sa libération. Souriante et vêtue d'un treillis militaire, ses longs cheveux noués sur la nuque, elle est descendue la première de l'avion qui l'a amenée à Bogota, et s'est jetée dans les bras de sa mère, Yolanda Pulecio, puis dans ceux de son mari, Juan Carlos Lecompte.
La sénatrice franco-colombienne a raconté comment elle avait elle-même été dans un premier temps trompée par le subterfuge utilisé par les militaires pour parvenir à sa libération et à celle de ses codétenus dans la jungle, en se faisant passer pour une mission humanitaire. Elle a rendu hommage à l'armée pour une opération "très risquée" mais "impeccable".
PRIÈRE
"Accompagnez-moi d'abord pour remercier Dieu et la Vierge", a-t-elle dit en préambule devant l'appareil des autorités colombiennes qui l'avait transportée avec ses compagnons à la base de Catam, près de Bogota. "J'ai imaginé tellement de fois ce moment", a-t-elle dit, en remerciant en français "vous tous dans le monde qui nous avez accompagnés".
Des soldats se sont présentés comme les membres d'une ONG fictive censée transporter les otages par hélicoptère vers un camp pour y rencontrer le nouveau chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Alfonso Cano. "Ce matin quand je me suis levée à 4 heures du matin, nous avions l'espoir que l'un d'entre nous serait bientôt libéré par une commission internationale de la Croix-Rouge", a-t-elle dit.Lorsque les faux humanitaires sont arrivés, Ingrid Betancourt a noté qu'ils portaient des T-shirts à l'effigie de Che Guevara et a cru qu'il s'agissait d'autres éléments des FARC.
Lorsqu'on a lui a annoncé qu'elle allait avec ses compagnons être transférée dans un autre lieu de captivité, Ingrid Betancourt a été en proie au découragement : "Là, mon cœur s'est brisé, parce que cela signifiait plus de captivité."
"Nous sommes arrivés dans un endroit avec des guérilleros armés qui nous faisaient se dépêcher, avancer comme toujours. (...) Les hélicoptères sont arrivés, et des personnages surréalistes en sont sortis (...) Ils ont parlé avec les chefs, le commandant Henrique, le commandant Cesar. Ils avaient des T-shirts de Che Guevara et je me suis dit : 'Ça, c'est des FARC'." Les otages sont montés menottés dans un hélicoptère.
"C'EST UN MIRACLE"
"C'était très humiliant (...). Quand nous somme montés dans l'hélicoptère, très frustrés, je ne voulais même pas parler aux personnes qui étaient là. L'hélicoptère s'est envolé, et tout à coup quelque chose s'est passé, je ne me suis pas bien rendu compte de quoi et tout à coup j'ai vu le commandant qui pendant tant d'années avait été si cruel et si humiliant, je l'ai vu au sol, les yeux bandés.
"Je crois que je n'ai même pas été heureuse (...) ; le chef de l'opération a dit : 'Nous sommes l'armée colombienne, vous êtes libres' et l'hélicoptère est presque tombé ! On a sauté, on a crié, on s'est embrassés, on pouvait pas le croire, c'est un miracle."
L'ex-otage a insisté sur le rôle essentiel joué par les divers soutiens dont elle a bénéficié pendant ses six ans et demi de captivité. "Nous pouvions rêver, maintenir l'espoir vivant parce que nous écoutions les nôtres", a dit Ingrid Betancourt. "Cette victoire est aussi due aux moyens de communication", a-t-elle estimé, en évoquant les messages que lui ont adressés les membres de sa famille et le soutien international. "J'entendais mon ex-époux, Fabrice [Delloye], qui me disait qu'il y avait une photo de moi sur le Mont-Blanc, en France", a-t-elle raconté.
"Merci la Colombie, merci la France. Nous les Colombiens, nous savons nous savons que nous avons des frères de l'autre côté de l'Atlantique", a conclu Ingrid Betancourt
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jeudi 3 juillet 2008
Ingrid Betancourt raconte sa libération
lundi 26 mai 2008
Les FARC confirment la mort de leur chef historique, Manuel Marulanda
Les ravisseurs d'Ingrid Betancourt ont perdu leur chef historique. D'abord annoncée par le gouvernement de Bogota, la mort de Manuel Marulanda, leader des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) depuis plus de 40 ans, a été confirmée dimanche par les rebelles eux-mêmes, qui ont aussitôt nommé un successeur en la personne de l'idéologue du mouvement marxiste.
Manuel Marulanda, supposé être âgé de 78 ou 80 ans selon les sources, a succombé le 26 mars dernier à une crise cardiaque précédée d'une brève maladie, a précisé un commandant rebelle, Timoleón Jiménez, dans une vidéo diffusée par la chaîne vénézuélienne Telesur.
"Un grand leader s'en est allé", a commenté Jiménez, connu sous le nom de guerre de "Timochenko". Marulanda est mort "dans les bras de sa compagne, entouré de ses gardes du corps et de toutes les unités assurant sa sécurité", a-t-il ajouté, sans préciser la nature de la maladie ni le lieu du décès.
Les FARC, plus ancien et plus puissant mouvement de guerilla d'Amérique latine, d'inspiration marxiste, sont désormais dirigées par leur idéologue en chef, Alfonso Cano, a annoncé Jimenez.
Lors d'un déplacement dans l'ouest du pays, le président colombien Alvaro Uribe a affirmé que des guérilleros avaient fait savoir au gouvernement qu'ils étaient prêts à déserter et libérer des otages, à commencer par la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, mais qu'ils avaient d'abord exigé la garantie qu'ils ne seraient pas incarcérés.
Le président colombien a proposé de demander à la justice de leur accorder une "liberté conditionnelle". Il a expliqué que les rebelles qui déserteraient et remettraient des otages aux autorités pourraient bénéficier d'un fonds allant jusqu'à 100 millions de dollars (63,5 millions d'euros) et "être envoyés immédiatement dans un pays comme la France". C'est la première fois que le président colombien fait une telle offre aux FARC.
C'est le gouvernement colombien qui a annoncé en premier samedi la mort de son ennemi public No1. Le ministère de la Défense avait ainsi déclaré avoir appris le décès de Marulanda par "différents moyens du renseignement militaire".
"Nous savons qu'au sein des FARC, la version est qu'il est décédé de mort naturelle, plus précisément d'une crise cardiaque", poursuivait le communiqué, en citant déjà la date du 26 mars. Toutefois, le ministère note que trois raids aériens de l'armée ont visé le chef des FARC ce jour-là.
"Que la mort de Marulanda ait été causée par un bombardement ou qu'elle soit naturelle, il s'agirait de la plus sévère perte jamais subie par le groupe terroriste", a estimé le ministère de la Défense dans son communiqué.
Les Forces armées révolutionnaires de Colombie ont subi plusieurs coups durs ces derniers mois, notamment la mort de leur No2, Raul Reyes, tué le 1er mars dernier dans un raid de l'armée colombienne en territoire équatorien.
Manuel Marulanda est à la tête de FARC depuis la fondation du mouvement de guérilla marxiste en 1964. De son vrai nom Pedro Antonio Marín, il est né dans une famille de paysans et s'est radicalisé pendant les guerres civiles qui ont secoué le pays au milieu du XXe siècle. Avec d'autres survivants d'un raid militaire sur un village, il a créé les FARC en 1964. Le mouvement s'est développé jusqu'à atteindre, au plus fort, 15.000 hommes. Le ministère de la Défense estime que les FARC comptent aujourd'hui 9.000 membres.
Selon le gouvernement colombien, les FARC retiennent 700 personnes en otages, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, enlevée en février 2002.
En déplacement à Beyrouth, le ministre français des Affaires étrangères a exprimé l'espoir que le décès de Marulanda fasse évoluer la position des FARC sur les otages. "Je ne me réjouis de la mort de personne", a déclaré Bernard Kouchner, interrogé sur France Info. "L'annonce du président Uribe de la libération de certains otages dont Ingrid Betancourt nous remplit d'espoir."
"Nous nous sommes acharnés à trouver une solution, j'espère qu'elle se présente, et si les FARC font cela, il faudra les en remercier, vraiment", a ajouté le chef de la diplomatie française. "Si les FARC se rendent compte de cela, s'ils relâchent les otages, ce sera vraiment une délivrance pour eux, et pour nous un grand soulagement."
